Dislocation

Curio Bay New Zealand

Ta présence me happe. Tu quittes la pièce, ta démarche captive mon attention, et l’allure de tes pas rythme ma respiration. La porte claque, tu as complètement disparu. Je perçois ton absence en cet espace et l’anéantissement de toutes formes d’émotion. Mon souffle se coupe, mon corps s’alourdit. Mes forces m’abandonnent, mes jambes flanchent, et mes genoux s’entrechoquent et fléchissent. Chancelante, je bascule jusqu’à ce que ces derniers s’écrasent au sol. Vacillante, je tente de trouver un équilibre entre mes appuis sur les pointes de pied et les rotules broyées, vainement. J’imagine poser les fessiers sur les talons, mais impuissante, je chavire définitivement, exposée de front. Mes bras raidis se balancent, les revers de mes mains caressent le plancher, puis mes poignets se tordent. Le mouvement s’accélère, et telle l’ondulation d’un serpent, mon corps s’étend progressivement. Mon ventre contacte le revêtement, puis mes côtes sont pulvérisées. Oppressée, ma poitrine accuse le choc, mais amortit l’impact dans une mesure relative, ma pensée se clarifie. Mon crâne se fracasse tout de même, mon esprit divague. Ma face se déstructure, je m’abstrais. Ma nuque hyper-étendue se brise, mon âme se libère. Le parquet supporte les restes fragmentés. Le bois massif conserve la substance répandue.