French/Italian Southern Alps

Je reprends conscience. Je reviens à mes esprits aussi rapidement que je le puisse. Je réalise peu à peu ce qui s’est produit, cet évènement. Émotionnellement et physiquement bouillonnante, ma fréquence cardiaque se paroxise et mes yeux s’écarquillent. Je tente de m’ériger, paniquée. Malgré l’adrénaline, dans le mouvement précipité exigé à mon corps affaiblit, je trébuche, ce qui m’amène à fracasser mes rotules déjà usées contre le sol gravillonné et poussiéreux. Percluse de rhumatismes, je me stabilise en m’agrippant à des débris de roche incrustés dans le terrain, les bras raidis, les poings serrés, je contracte les muscles endoloris de mon torse pour me surélever. Je me tracte péniblement. Les jambes trainantes se strient d’égratignures au fur et à mesure que je me rapproche de l’être. Je me relâche à côté de son corps étendu, épuisée. Je me prosterne un instant au niveau de sa figure, meurtrie, la mâchoire crispée, les yeux fermés, la respiration bloquée, le coeur serré. Je me réanime en me redressant dans une profonde inspiration, le regard enragé et larmoyant. Je l’observe et me place, difficilement, au dessus de son crâne. Je soulève et dépose sa tête sur mes genoux avec grand soin. Je perçois une extrême froideur alors que je dégage sa figure en rangeant sa chevelure à l’arrière de ses épaules. Je caresse son visage apaisé, tout en méditant à remédier à la chute de sa température corporelle. J’ôte mon haut de vêtement en guenilles, puis l’enveloppe de cette veste en lambeaux, malaisément du fait de la raideur de sa mécanique, limitant l’amplitude des animations de sa personne. Je m’allonge auprès de la personne emmaillotée, que j’empoigne et maintiens serrée contre ma chair ardente. Je la contrains fermement pour empêcher ses spasmes. Je veux la préserver. Je fusionne avec cette frêle substance. Je m’en sens d’autant plus démunie et vulnérable. Je reste aux aguets du moindre battement de coeur, figée. Je me questionne à savoir si je peux faire plus, frustrée. Je me surprends à l’étreindre avec davantage de vigueur. Je subis à ses côtés, désarmée. J’attends, on vous attend.